En louant les vertus thérapeutiques de l'eau de mer, puis celles des effluves de pins et de l'air iodé, médecins et malades jouèrent un rôle essentiel dans la naissance d'Arcachon au XIXeme siècle. Mais l'essor considérable que connut la ville sous le Second Empire fut le résultat d'une vaste opération financière menée tambour battant par de riches et audacieux entrepreneurs.
"Heri solitudo, hodie vicus, cras civitas" - hier un désert, aujourd'hui un bourg, demain une ville - lança Alphonse Lamarque de Plaisance, premier maire de la commune, au soir de la naissance officielle d'Arcachon le 2 mai 1857. Deux constats et une prophétie qui résument parfaitement ce que fut
l'histoire d'une ville qui, bien que récente, est aujourd'hui connue dans le monde entier.
Désert, Arcachon l'était assurément lorsque François Legallais décida d'y installer son hôtel avec établissement de bains en 1823. Contrairement en effet à d'autres stations balnéaires de la côte atlantique ou même de méditerranée, Arcachon ne fut précédée par aucun village de pêcheurs préfigurant un développement futur, et seules les plages, les dunes et la forêt composaient alors son architecture. Cette idée des bains de mer venue
d'Angleterre, via Boulogne, Dieppe et Royan, parvint jusqu'à Bordeaux dès 1812. D'abord reconnue pour ses effets vivifiants, l'eau de mer se vit rapidement attribuer par les médecins des qualités insoupçonnées, et fut ainsi préconisée dans le traitement du rachitisme, de l'épilepsie ou encore de l'hystérie.
L'entreprise de Legallais fut donc un succès, et fut aussitôt imitée. Une ébauche de front de mer fait d'hôtels et de villas apparut peu à peu, annonçant le développement de la Ville d'été.
Les médecins ne s'arrêtèrent pas en si bon chemin, et c'est bientôt au climat d'Arcachon qu'ils trouvèrent des vertus curatives. Mêlé d'effluves de pins, d'air iodé et de senteurs balsamiques, il fut recommandé dans le traitement des maladies pulmonaires, des tendances lymphatiques et de la tuberculose. Thalassothérapie, climatothérapie et même plus tard thermalisme, avec la découverte en 1923 de la source Sainte-Anne des Abatilles,
le destin d'Arcachon s'orienta donc dès l'origine vers celui d'une ville de santé.
Cet afflux de malades souvent fortunés vers Arcachon éveilla l'attention de deux financiers en quête de fructueux investissements, les frères Pereire, qui perçurent rapidement le bénéfice qu'ils pourraient tirer de l'exploitation de cette clientèle particulière et du développement de la ville naissante. Dès 1852, ils créèrent la Compagnie des chemins de fer du Midi et reprirent l'exploitation de la ligne Bordeaux-la Teste. En 1857, ils
la prolongèrent jusqu'à Arcachon qui fut séparée la même année de la ville voisine de La Teste et érigée en commune autonome par décret de l'Empereur Napoléon III. De 1862 à 1865, ils construisirent la luxueuse Ville d'Hiver, sorte de sanatorium à ciel ouvert dominée par le Casino Mauresque, puis le Buffet Chinois et enfin le Grand Hôtel qui, sur le front de mer, rejoignit un autre édifice à sa mesure, le Château Deganne, bâti dès 1853.
En quelques années seulement, Arcachon était devenue une ville dont les visiteurs venaient du monde entier. Elle continua bien sûr à se développer, même après la disparition de ses illustres "inventeurs", puis de celle de ses malades qui laissèrent la place à des touristes plus traditionnels. Elle devint alors une "ville des quatre saisons", en gagnant d'abord vers l'est, vers le quartier de l'Aiguillon et de la "Ville d'automne", où fut
construit le port de plaisance en 1958. Puis vers l'ouest, où le quartier Pereire et la "Ville de printemps" font toujours la joie des estivants. Elle s'étira enfin vers le sud, le long du littoral qui mène au Pyla, où se succèdent aujourd'hui les ravissants quartiers des Abatilles et du Moulleau. |