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"D'aussi loin que les hommes s'en souviennent, les  pins de la forêt  de Gascogne  ont  toujours été résinés..."


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En 1990, le métier de résinier disparaissait de la forêt des Landes de Gascogne dans une indifférence quasi-générale. Ancien gemmeur, inventeur et écrivain, Claude Courau n'a cependant jamais accepté cette disparition et milite depuis inlassablement en faveur d'une relance du gemmage. Avec l'aide de quelques organismes publics et celles de sociétés privées, il a été à l'origine de nombreuses études et essais dont les résultats se sont révélés très prometteurs. Néanmoins, une véritable impulsion politique, franche et décisive, semble faire encore aujourd'hui défaut.
L'équipe du "Guide" remercie chaleureusement Monsieur Courau pour avoir accepté de nous livrer ses réflexions sur cette grande histoire du gemmage ; sur celle d'hier, mais aussi sur celle d'aujourd'hui.

Pouvez-vous tout d'abord nous expliquer ce qu'est le gemmage ?
 




Le gemmage d'hier

Le gemmage est une opération qui consiste à "blesser" un pin pour qu'il envoie de la résine afin de cicatriser cette blessure. Le gemmeur, ou résinier, est celui qui pratique cette blessure et qui récolte la résine.

Et que peut-on faire avec la résine récoltée ?

A l'état brut, à peu près rien, mais après distillation, on obtient en revanche deux produits essentiels que sont l'essence de térébenthine d'une part, et la colophane ou brai d'autre part. Ces deux produits de base peuvent à leur tour être transformés en produits dérivés. Les possibilités d'utilisation de l'ensemble de ces produits, essentiels et dérivés, sont aujourd'hui innombrables.
 





Le gemmage d'aujourd'hui
Avez-vous quelques exemples à nous donner ?

L'essence de térébenthine se retrouve notamment dans les peintures, les vernis et dans de nombreux produits d'entretien. Après transformation, les dérivés obtenus permettent également de fabriquer des composés entrant dans la formulation de parfums ou d'arômes. Des composés tel que le citron, le lilas, le muguet ou encore la violette sont par exemple issus des dérivés de l'essence de térébenthine. Il existe également des applications médicales. Le citral, qui est aussi un dérivé de l'essence de térébenthine, est par exemple utilisé comme matière première dans l'élaboration de la vitamine A, qui est très utilisée en pédiatrie, en dermatologie ou même maintenant en cancérologie.

Quant à la colophane, elle intervient principalement dans la fabrication d'adhésifs, de colles, de papiers ou d'encres d'imprimerie. On peut même citer l'exemple de la gomme entrant dans la fabrication des célèbres chewing-gum ! Compte tenu d'ailleurs du nombre de chewing-gum consommés dans le monde à l'heure actuelle, cette utilisation des produits issus de la colophane n'est plus du tout considérée comme marginale par les spécialistes.
 



Les résiniers au 18ème siècle












(1) Ces vertus curatives attribuées à la résine furent en grande partie à l'origine du développement de la ville d'Arcachon.

A quelle époque le gemmage est-il apparu en forêt de Gascogne ?

Le gemmage remonte sans doute à l'apparition de la forêt elle-même, c'est-à-dire à aussi loin que les hommes s'en souviennent ! Contrairement en effet à ce qui est encore affirmé régulièrement aujourd'hui, une partie non négligeable de cette forêt existait déjà bien avant la loi de Napoléon III de 1857. Les forêts du Maransin, dans les Landes ou, plus près de nous, les forêts usagéres de La Teste et de Biscarosse, couvraient déjà depuis bien longtemps plusieurs dizaines de milliers d'hectares. De nombreuses archives précisent également quels étaient les produits qui étaient alors extraits de la résine ainsi que l'évolution de leurs utilisations au fil des ans.

Quelles furent justement les premières utilisations de la résine du pin ?

Principalement la fabrication de torches, de bougies, de chandelles ou de vernis destinés aux instruments de musique ou aux bateaux. Certains sous-produits de la résine étaient également utilisés pour calfater la coque des bateaux. Les habitants de la région utilisaient aussi certains de ces produits pour soigner des affections pulmonaires, ou encore les furoncles. Toujours est-il que les rapports entre résine et médecine ne date pas d'hier (1) !

Comment se déroulait une campagne de gemmage ?

Les campagnes de gemmage commençaient vers la fin du mois de janvier, et se terminaient généralement fin novembre.
Le résinier préparait d'abord les pins qui devaient recevoir les "carres". Pour ce faire, il procédait aux opérations de "pelage" puis de "cramponnage". Les pots en terre cuite destinés à recevoir la résine pouvaient alors être mis en place. Ces travaux devaient être achevés dans la première quinzaine de mars.
 

 


 

 

A partir de la mi-mars, le gemmeur donnait les premières "piques", et réalisait les carres à l'aide d'un outil appelé hapchòt. En Gironde, les nouvelles piques se succédaient à un intervalle de 8 jours, alors que dans les Landes, ce délai tombait souvent à 4 jours.
Dans le même temps, il fallait récolter la résine qui s'était écoulée dans les pots et la vider dans une barrique. Cette opération de récolte de la résine, que l'on appelait "l'amasse", était très souvent effectuée par la femme du résinier car celui-ci devait continuer à pratiquer de nouvelles piques.
La campagne touchait à sa fin à partir de la fin du mois d'octobre, et le gemmeur aidé de sa femme procédait alors au "barrasquage". Cette dernière manipulation, assez pénible, consistait à racler la résine durcie qui s'était formée le long des carres durant toute la campagne.
 

 


 

 

Que faisaient les résiniers pendant les mois de novembre et décembre ?

La plupart d'entre eux continuaient à travailler en forêt, à l'entretien des sites, à l'abattage des pins ou à l'éclaircissement des semis. Pendant ce temps, les femmes coupaient de la bruyère ou des hautes herbes devant servir de litière au bétail. Ces activités permettaient aux résiniers de vivre jusqu'à la reprise d'une nouvelle campagne de gemmage.
 


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