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"D'aussi loin que les hommes s'en souviennent, les  pins de la forêt  de Gascogne  ont  toujours été résinés..."


Visite d'un ancien atelier de distillation à Luxey



Chargement des barriques dans une "bros"



Réception des "bros" à l'atelier



La résine est vidée dans des "barques"



La résine est distillée dans un alambic en cuivre

Dans la première partie de notre entretien, vous avez conclu votre propos en mettant directement en cause l'Etat et les gros propriétaires forestiers dans la disparition du gemmage. Pouvez-vous nous en expliquer les raisons ?

S'agissant de l'Etat, ou des pouvoirs publics en général, on peut relever au moins deux faits marquants ayant largement contribués à la disparition du gemmage.

Le premier tient à l'ouverture brutale du marché français des produits de la gemme à la concurrence étrangère - venant notamment du Portugal, de l'Espagne ou de Grèce - et ce dès 1952. Cette ouverture totale et sans concertation du marché français à des produits à faible prix de revient s'est d'ailleurs poursuivie sans aucune contrainte alors même que ces pays n'étaient pas encore membres de la Communauté Economique Européenne. Les effets néfastes d'une telle décision n'ont bien sûr pas tardés à se produire, et l'on a assisté à une baisse généralisée des cours de la résine.

Un autre effet pervers de cette décision a été de favoriser l'introduction en France de la technique américaine du gemmage à l'acide sulfurique.

En quoi consiste cette méthode de gemmage à l'acide sulfurique, et en quoi a-t-elle produit des effets pervers sur la situation en France ?

Ce procédé du gemmage à l'acide sulfurique, ou "gemmage activé", consiste à accélérer et à augmenter la quantité de résine produite par le pin au moment des piques en pulvérisant la plaie avec un activant ; en l'espèce de l'acide sulfurique.
Malgré ses effets néfastes sur l'environnement, qui sont loin d'être négligeables, les avantages supposés de cette méthode sont de réduire les coûts de main-d'oeuvre - les piques sont moins fréquentes, donc pour un même nombre d'arbres, on a besoin de moins de résiniers - tout en augmentant dans le même temps la production de résine.
Les défenseurs de l'introduction massive de ce procédé en France pensaient ainsi avoir trouvés un moyen efficace pour lutter contre la concurrence étrangère.

Le résultat fut cependant exactement inverse, comme cela était d'ailleurs largement prévisible.

Quelle était leur erreur selon vous ?
 

Il faut tout d'abord savoir que depuis longtemps, des recherches concordantes avaient montré que la qualité de la résine extraite des pins de la forêt de Gascogne était supérieure à celle de la plupart des sites étrangers. Cette supériorité de notre résine tenait notamment - et tient d'ailleurs toujours - à la proximité des dunes et de l'Océan.
D'autre part, les nouveaux débouchés industriels induits notamment par les progrès de la chimie exigeaient déjà à l'époque de recourir de plus en plus à des produits de qualité croissante.
La voie à suivre aurait dû dès lors apparaître toute tracée : il fallait moderniser le gemmage tout en cherchant à développer des produits de meilleure qualité et échapper ainsi à la concurrence grandissante des produits en provenance de l'étranger.
Or en recourant massivement au gemmage à l'acide sulfurique, on s'engageait exactement dans la voie opposée.

En misant en effet sur la quantité plus que sur la qualité, nos responsables économiques ont tout d'abord placé les produits français en concurrence frontale avec ceux venant de l'étranger au lieu précisément de chercher à l'éviter.
Ensuite, ce mot d'ordre de "toujours plus de production" a inévitablement engendré de nombreux excès ; c'était à qui mettait le plus d'acide pour faire "pisser" le pin. Les fraudes se sont également multipliées. Bref, la qualité de la résine ainsi récoltée s'en est fortement ressentie.

En définitive, la baisse des cours n'a fait que s'accentuer, et par répercussion, les tensions sur le niveau des salaires entre propriétaires et gemmeurs n'ont fait que croître. Les rangs des résiniers ont donc inexorablement continués à s'éclaircir.


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