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"D'aussi loin que les hommes s'en souviennent, les  pins de la forêt  de Gascogne  ont  toujours été résinés..."





















Démonstration de gemmage devant les écoliers de Lanton

Près de dix ans ont passé depuis que le gemmage a disparu de la forêt de Gascogne ; mais depuis quelques temps, les médias se font régulièrement l'écho de possibilités de relance , et votre nom est d'ailleurs très souvent cité. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Tout d'abord un constat : à l'heure où nous parlons, le gemmage n'a toujours pas été relancé ! Ensuite une observation : les projets relatifs à la relance du gemmage dans la forêt de Gascogne sont tous basés sur les progrès accomplis ces dernières années dans l'amélioration de la qualité de la résine récoltée ainsi que sur les possibilités d'utilisation de cette résine de haute qualité par les industries de pointe. Comme dit le proverbe "vaut mieux tard que jamais" !
Enfin, il est exact que je n'ai jamais pu me résigner à cette disparition du gemmage, et que les médias se sont parfois fait l'écho du résultat des recherches que j'avais entrepris en vue précisément de relancer le gemmage.

Quelles raisons vous ont poussées à ne jamais abandonner ?

Elles sont de divers ordres. Je suis fils et petit-fils de gemmeurs, et j'ai été gemmeur moi-même avant, comme beaucoup d'autres, de devoir quitter le métier afin de rechercher une plus grande sécurité financière. Ce patrimoine familial n'est donc certainement pas étranger à ma démarche. Mais je vis également avec mon temps, et comme tout un chacun, je peux constater que la situation de l'emploi dans notre pays n'est pas des plus florissantes.
Pour ces raisons, il m'a toujours été très difficile d'accepter que l'exploitation du million d'hectares de pins de la forêt de Gascogne ne puisse générer plus de création d'emplois, alors surtout que j'avais la conviction qu'il était possible de récolter une résine de très haute qualité susceptible d'intéresser de nombreuses entreprises à travers le monde.
 






(3) Dérivés Résiniques et Terpéniques







Gemmage en vase clos

Vous avez donc décidé de mener vos propres recherches, alors que vous étiez seul et dépourvu de moyens techniques et financiers ?

C'est vrai, même si je dois préciser que sans l'aide de l'Ecole Supérieure de Chimie de Bordeaux, de l'Institut du Pin, de la société DRT (3), du syndicat des sylviculteurs et de quelques responsables politiques, je n'aurais certainement jamais pu faire valider les résultats de mes découvertes.

Et qu'avez-vous découvert exactement ?

Trois choses. La première est une nouvelle méthode pour récolter la résine, que j'ai baptisé procédé de "gemmage en vase clos". Pour faire simple, il s'agit de récolter la résine à l'aide de poches en matière plastique. J'ai ainsi pu obtenir un résultat exceptionnel, puisqu'il y avait dans les poches de la résine liquide, ce que l'on avait jamais récolté jusqu'alors.
La deuxième est un nouveau procédé de distillation. Mis au point avec un simple barbecue, il m'a notamment permis de produire des échantillons de colophane d'une qualité jamais obtenue auparavant.
La troisième est un activant neutre, ou "pâte neutre", qui permet d'activer la production de la résine par le pin sans que la qualité de celle-ci ne se trouve affectée par la présence de résidus soufrés, ce qui là encore était totalement nouveau.
 







Une carre très réduite

Les débouchés commerciaux semblent existés, les procédés techniques également, tous les éléments paraissent donc en place pour voir revivre le gemmage ?

En réalité oui et non. Oui, parce je crois effectivement qu'aujourd'hui, les industriels ont acquis la certitude que les recherches en vue d'améliorer le gemmage et la qualité de la résine étaient susceptibles de leur ouvrir de nouveaux marchés.
Et non, parce que je ne suis pas certain que ces mêmes industriels aient finalement l'intention d'appliquer ces nouvelles méthodes en France.

Pour quelles raisons ces industriels décideraient-ils d'appliquer ces nouvelles méthodes à l'étranger ?

Parce que si vous abaissez les prix de revient, vous augmenter les éventuels bénéfices ! Or s'agissant par exemple des coûts de la main-d'oeuvre, il est impossible de mettre sur un pied d'égalité la France et la Chine, ou la France et l'Indonésie. C'est une sorte de cercle infernal ; si vous découvrez des méthodes pour réduire les prix de revient en France et que vous améliorez ainsi la compétitivité des produits français, vous trouverez toujours quelqu'un pour penser que ces mêmes méthodes appliquées dans certains pays étrangers réduiront encore plus les prix de revient et augmenteront d'autant les marges bénéficiaires !
C'est d'ailleurs en raison de cette incertitude quant à la stratégie des industriels que je préfère encore à l'heure actuelle laisser certaines de mes découvertes dans leur carton.

Mais comment sortir de ce cercle infernal selon vous ?

Il faut une volonté politique ferme et sans équivoque pour fixer les règles du jeu !! Elle seule manque aujourd'hui à l'appel pour voir véritablement renaître de façon durable le gemmage en forêt en Gascogne.


Pour aller plus loin :

Claude Courau : "Le gemmage en forêt de Gascogne" - Princi Negre Editions (1995) - 65 F

Claude Courau : "La relance du gemmage en forêt de Gascogne" : Princi Negre Editions (1999) - 115 F

Jacques Sargos : "Histoire de la Forêt Landaise : Du désert à l'âge d'or" - L'Horizon Chimérique (1997) - 260 F


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