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"Un 14 juillet ou un 15 août, ils sont entre 5000 et 10000  à  naviguer dans tous les  sens sur le Bassin..."


Les baies vitrées










(4) Près de 180 km/h

Etre pêcheur à Arcachon, et devoir ainsi franchir les Passes à longueur d'année de doit pas être une sinécure ?

C'est le moins que l'on puisse dire ! Même si les pêcheurs sont des professionnels, et qu'ils connaissent parfaitement les Passes, ils nous donnent souvent des sueurs froides lorsque les conditions météo sont limites. Il n'est pas rare de les voir véritablement surfer sur des vagues de 5 ou 6 mètres de haut ! On a très peur pour eux. Ils ont d'ailleurs peur aussi, mais ils ne le disent pas, même s' ils changent fréquemment les vitres des passerelles, surtout en hiver.

Il y a quelques instants, vous évoquiez les conséquences des tempêtes, avez-vous le souvenir de conditions météo particulièrement difficiles sur le Bassin ?

Oui, un souvenir assez récent même, puisqu'il remonte à février 1998. Le vent était tellement violent qu'il a arraché 2 des 3 coupelles en plastique de notre anémomètre ; l'ordinateur météo indiquait alors une vitesse de 96 noeuds (4) ! Un petit record. Je me souviens que la mer était entièrement blanche, et que nous avons enregistré des creux de 10 mètres. Je vous avoue que nous avons surtout eu peur que toutes les vitres n'explosent, car les baies vitrées qui nous entourent étaient incurvées d'au moins 2 centimètres. Enfin heureusement, au bout du compte, il y a eu plus de peur que de mal.
 

Surveillance radar

(5) Centre Régional Opérationnel de Surveillance et de Sauvetage







(6) Société Nationale de Sauvetage en Mer

Vous avez précisé au début de cet entretien que les accidents étaient rares sur le Bassin, mais quel est votre rôle lorsque cela se produit ?

Tout dépend de la gravité de l'accident. S'il s'agit d'un "petit bobo" ou d'une petite assistance, nous essayons de régler le problème par nous-mêmes. En revanche, lorsque l'incident est plus sérieux, les opérations de secours ou d'assistance doivent obligatoirement transiter par le centre de sauvetage de Soulac. Seul le CROSS (5) de Soulac est en effet habilité à mettre en oeuvre les moyens nécessaires à un sauvetage et à les coordonner. Dans ce cas, nous devenons les yeux et eux la tête. C'est un peu frustrant mais il faut s'y faire.

Pour être complet, il faut également préciser qu'il existe une différence entre les opérations de sauvetage pour assistance à la vie humaine, pour lesquelles tous les moyens sont déployés gratuitement ; et celles concernant l'assistance aux biens, pour lesquelles la SNSM (6) envoie la facture.

Les demandes d'assistance qui vous sont adressées sont-elles toujours justifiées ?

Hélas non ! Et je dois dire que le comportement des plaisanciers n'évolue pas vraiment dans le bon sens ces dernières années.

On peut notamment citer l'exemple du plaisancier qui ne regarde pas attentivement les horaires des marées et qui tire une fusée rouge lorsqu'il se retrouve coincé à la tombée de la nuit au fond du Bassin. Dans ce cas, c'est le branle-bas de combat, on appelle le CROSS, on prévient les pompiers et les gendarmes, et tout cela pour rien. Et là, je ne vous parle même pas de celui qui pense qu'il s'est peut-être affolé un peu vite, et qui décide finalement de faire "le mort" après avoir tiré sa fusée. Dans ce cas, c'est l'hélicoptère qui est obligé de décoller en pleine nuit etc...

A l'inverse, existe-t-il des cas où vous refusez d'intervenir ?

Oui, nous refusons par exemple systématiquement de guider au radar les bateaux désirant franchir les Passes, car n'étant pas des pilotes, cela nous est interdit. Nous pouvons positionner un bateau au goniomètre pour lui dire ou il se trouve exactement, mais on ne le guidera pas.

Nous refusons également de donner la météo par téléphone, mais nous la transmettons en revanche par VHF à toutes les personnes qui nous le demande. A cet égard, je profite de l'occasion pour préciser que les prévisions que nous transmettons sont réalisées par les spécialistes de la météorologie nationale et non par les sémaphoristes. Il est donc inutile de nous faire des reproches lorsque celles-ci ne sont pas conformes à la réalité.
 

Equipements intérieurs

De quels moyens techniques disposez-vous pour mener à bien vos missions ?

En moyens de transmission, nous disposons de deux émetteurs VHF et d'un émetteur HF, que nous utilisons pour tout ce qui touche au militaire. Nous avons également un télex, un fax et des moyens de brouillage militaire.
En moyens de détection ; des radars, des jumelles - qui constituent l'instrument de travail essentiel - un enregistreur de communication, un ordinateur météo avec une centrale à l'extérieur, et un appareil pour émettre des signaux optiques, mais dont on ne se sert quasiment plus.

Et les moyens en personnel ?

Nous sommes quatre à nous relayer. Nous veillons du lever au coucher du soleil, c'est-à-dire de 6 h à 22 h en été. La nuit, nous essayons de dormir un peu.

Comment peut-on vous joindre en cas de difficultés ?

Nous veillons en permanence 2 fréquences : le canal 16, qui est la fréquence classique de détresse, et le canal 6, qui est surtout utilisée par les pêcheurs.
Les fréquences HF sont réservées aux militaires, sauf la 2182, qui est la fréquence de détresse HF, mais elle est très peu utilisée.
Reste bien sûr le téléphone, le 05-56-60-60-03 qui permet à toute personne de nous signaler un incident.



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