Arcachon faisait encore figure de désert, lorsqu'en 1823, le breton François Legallais y installa son hôtel avec établissement de bains. Le succès fut au rendez-vous, et un modeste front de mer se dressa bientôt le long de la plage. La ville d'été venait de naître.
Curieuse idée à première vue que celle d'installer un hôtel avec établissement de bains de mer au milieu de nulle part. Car en 1823, Arcachon c'était bien nulle part, ou presque. Tout juste quelques cabanes de pêcheurs et de résiniers, des dunes, et une vaste forêt de pins et de chênes plongeant vers l'intérieur. Il y avait certes la Chapelle des Marins, que de courageux pèlerins
venaient honorer le 25 mars, mais c'est bien en vain que l'on aurait cherché ici ne serait-ce qu'un embryon de ville ou même une simple route.
Mais les bains de mer venaient d'être mis à la mode par la Duchesse de Berry, et les villes de Dieppe ou Royan en retiraient déjà d'importants bénéfices. François Legallais tenta donc l'aventure. Il construisit près de la future jetée d'Eyrac un pavillon à étage, que l'écrivain Jacques Arago décrivit en 1828 : "Cet édifice est formé de deux beaux corps de logements
à deux étages. Le rez-de-chaussée se compose de salons, de cabinets de lecture, de salles de billards et d'une cuisine spacieuse. Un péristyle à pilastres, dans le genre de ceux qui ornent toutes les habitations des riches colons de l'Inde joint les deux ailes latérales. C'est sous ce péristyle gracieux, exposé à la brise rafraîchissante du nord, que se trouvent les chambres des baigneurs,
ornées de deux lits excellents et de meubles d'une propreté remarquable. Dans les appartements du haut sont les chambres à un seul lit ; et c'est de ce belvédère élevé que l'oeil admire le superbe Bassin d'Arcachon".
Sur la plage, Legallais avait installé des cabanes fixes et à roulettes destinées aux baigneurs. L'hôtel fournissait bien sûr les maillots ; chemises pour les dames, caleçons et gilets de laine pour les messieurs.
Pour amener les candidats aux bains jusqu'à son établissement, François Legallais avait organisé un service de voitures à cheval qui assuraient la liaison depuis Bordeaux via La Teste. On empruntait alors une mauvaise route dessinée à la hâte et recouverte de varechs et d'aiguilles de pins. Arrivés à La Teste, certains baigneurs préféraient effectuer le reste du trajet en pinasse. Ce transport maritime était assuré par des femmes de pêcheurs qui, au départ et à l'arrivée, devaient porter sur leurs rudes épaules hommes et bagages.
L'audacieuse entreprise de Legallais fut couronnée de succès, et les visiteurs - que l'on appelait pas encore touristes - continuèrent d'affluer. L'idée fut reprise et développée par d'autres, parfois des gens du cru, qui construisirent d'autres hôtels et d'autres établissements de bains. Les bords de plage virent peu à peu fleurir maisons et villas, préfigurant ainsi le futur front de mer. En 1841, la construction de la ligne Bordeaux-La Teste, l'une des premières de France, rapprocha d'un coup Arcachon de la capitale de l'Aquitaine. L'inauguration en 1857
du tronçon La Teste-Arcachon acheva de consacrer la vocation balnéaire de la ville, et de quelques dizaines de baigneurs que Legallais avait accueillis au départ, on passa bientôt à plusieurs dizaines de milliers. |